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SM-Boy : Et si une cité spatiale devenait la prochaine grande ville de l’humanité ?

il y a 2 heures
18 min de lecture

Il y a une idée qui revient souvent lorsque l’on parle du futur : partir de la Terre, monter dans un immense vaisseau et voyager de planète en planète comme dans les films de science-fiction. On imagine des villes flottantes, des familles vivant dans l’espace, des hôtels avec vue sur la Terre, des quartiers entiers construits autour de gigantesques structures métalliques et, pourquoi pas, des humains qui finissent par considérer l’espace comme un nouvel environnement naturel. Depuis mon univers mauve et blanc, je peux vous dire une chose : cette vision est fascinante, mais elle commence beaucoup plus près de nous qu’on ne le pense. Avant de construire une civilisation sur Mars, avant de voyager entre plusieurs planètes et avant même de parler de vaisseaux capables de transporter des milliers de personnes, il faut résoudre un problème beaucoup plus fondamental : comment faire vivre durablement une population dans l’espace ?


Je suis SM-Boy, et aujourd’hui je quitte momentanément les histoires de fusées et de missions spatiales pour imaginer quelque chose de beaucoup plus ambitieux : une véritable cité spatiale. Pas une station où quatre ou six astronautes viennent passer quelques semaines. Une ville. Avec des logements, des restaurants, des laboratoires, des espaces verts, des commerces, des hôpitaux, des écoles, des ateliers, des systèmes de production, des zones touristiques et suffisamment de redondance pour qu’une panne ne transforme pas immédiatement la ville en situation de survie. La question devient alors extraordinaire : avec les technologies disponibles aujourd’hui et celles qui sont actuellement développées, pourrait-on un jour construire une ville dans l’espace où des milliers, puis des dizaines de milliers de personnes pourraient vivre pendant des années avec un niveau de confort comparable à celui que nous connaissons sur Terre ?


SM-Boy imagine la première cité spatiale

SM-BOY

La première erreur serait d’imaginer cette cité comme un simple énorme vaisseau. Un vaisseau est principalement conçu pour se déplacer. Une ville spatiale, elle, doit être conçue pour rester vivante. Elle doit donc fonctionner davantage comme un écosystème artificiel que comme une voiture géante. Il faudrait produire et recycler l’air, récupérer l’eau, gérer les déchets, contrôler la température, produire énormément d’énergie, protéger les habitants des radiations, maintenir une pression atmosphérique stable, gérer les incendies, réparer les structures, produire de la nourriture et assurer en permanence des systèmes de secours. L’ISS possède déjà une partie de cette logique : son système ECLSS recycle l’eau, contrôle l’atmosphère, retire le dioxyde de carbone et produit de l’oxygène. NASA indique aujourd’hui que son système de récupération de l’eau permet de recycler environ 90 % de l’eau utilisée sur la station, tandis que certaines démonstrations ont permis d’atteindre des niveaux proches de 98 % pour l’objectif de récupération de l’eau.


Mais une ville de plusieurs milliers d’habitants demanderait une échelle complètement différente. Il ne suffirait plus d’avoir quelques équipements fonctionnant correctement. Il faudrait plusieurs systèmes indépendants capables de prendre le relais les uns des autres. Imaginez une ville terrestre dans laquelle une seule station d’épuration, une seule centrale électrique et un seul système de ventilation seraient responsables de toute la population. La moindre panne serait catastrophique. Dans l’espace, ce problème est encore plus sérieux. Une cité spatiale devrait donc fonctionner avec une philosophie proche de celle d’un avion, d’un sous-marin nucléaire et d’une grande ville réunis : tout doit avoir un système de secours, et les systèmes critiques doivent pouvoir être réparés sur place.


La gravité artificielle serait probablement le véritable game changer

Le problème le plus étrange d’une ville spatiale est peut-être celui auquel on pense le moins lorsqu’on regarde un film de science-fiction : le corps humain n’est pas conçu pour vivre indéfiniment en apesanteur. Les astronautes subissent notamment une perte de masse musculaire et osseuse, des changements cardiovasculaires et d’autres effets physiologiques liés à la microgravité. NASA identifie également la gravité, les radiations, l’environnement fermé, l’isolement et la distance avec la Terre parmi les grands risques du vol spatial habité.


C’est pour cette raison qu’une véritable ville spatiale pourrait finir par ressembler davantage à une gigantesque roue qu’à un vaisseau traditionnel. La structure tournerait sur elle-même afin de créer une accélération ressentie comme une gravité artificielle. Plus le rayon est grand, moins il faut tourner rapidement pour produire une sensation confortable. Des travaux techniques étudiés dans le domaine de l’habitat spatial considèrent ainsi que les habitats rotatifs pourraient devenir une solution importante pour une présence humaine permanente.


Dans mon scénario, SM-Boy ne vivrait donc pas dans un couloir métallique où les habitants flottent en permanence. Il entrerait dans une immense structure circulaire composée de quartiers résidentiels, de jardins, de centres de recherche et de zones industrielles. Le centre de la structure pourrait être utilisé pour les activités nécessitant une faible gravité, tandis que les zones habitables seraient situées plus loin du centre. À l’intérieur, le cerveau humain pourrait progressivement retrouver quelque chose qui ressemble beaucoup plus à une vie terrestre. On pourrait marcher, courir, dormir dans un vrai lit, prendre une douche, cuisiner et faire du sport sans avoir l’impression de vivre constamment dans une expérience scientifique.


SM-Boy face au problème des radiations

Même avec une gravité artificielle, il resterait un autre problème majeur : les radiations. Sur Terre, notre atmosphère et le champ magnétique de la planète nous offrent une protection considérable. Une ville spatiale ne bénéficierait pas naturellement de cette protection. NASA considère l’exposition aux radiations spatiales comme un risque majeur pour les astronautes et souligne notamment le risque accru de cancer lié à l’exposition prolongée.


Une cité spatiale devrait donc porter une sorte d’armure autour de ses habitants. Une partie de cette protection pourrait provenir de matériaux spécialement choisis, mais une autre solution particulièrement intéressante serait d’utiliser de grandes quantités d’eau ou de matériaux riches en hydrogène autour des zones habitables. À plus long terme, les ressources lunaires pourraient également devenir intéressantes pour construire des infrastructures sans devoir transporter chaque kilogramme depuis la Terre.


C’est ici que l’idée d’une ville spatiale devient véritablement industrielle. On ne parle plus seulement de construire un vaisseau. On parle de créer une industrie de la construction dans l’espace. Il faudrait extraire, transporter, assembler et recycler des matériaux. Il faudrait fabriquer des pièces directement en orbite. Il faudrait avoir des robots capables d’effectuer des réparations. Il faudrait développer des imprimantes 3D industrielles, des ateliers automatisés et des systèmes capables de transformer certaines ressources disponibles hors de la Terre en matériaux utilisables.


Une ville qui produit son propre air, son eau et une partie de sa nourriture

SM-BOY

L’autonomie serait l’une des conditions économiques et physiques les plus importantes. Envoyer constamment de l’eau, de l’oxygène et de la nourriture depuis la Terre coûterait énormément d’argent et rendrait la ville extrêmement vulnérable. Le but serait donc de transformer progressivement la cité en système presque fermé.


L’eau pourrait être récupérée à partir de l’humidité de l’air, des eaux usées et d’autres flux. L’air pourrait être constamment filtré et régénéré. Le dioxyde de carbone produit par les habitants pourrait être capturé puis transformé dans différents systèmes afin de contribuer à la régénération de l’oxygène. La NASA travaille déjà sur ces technologies, mais reconnaît que les missions longues nécessitent des systèmes beaucoup plus fermés et fiables que ceux actuellement utilisés.


Et puis il y aurait les plantes. Dans une véritable cité spatiale, les jardins ne seraient probablement pas uniquement décoratifs. Ils pourraient participer à la production alimentaire, au recyclage de certains flux, à la qualité de l’environnement et même au bien-être psychologique des habitants. NASA étudie déjà la culture de plantes dans l’espace et considère les systèmes biologiques comme une partie potentiellement importante des futurs systèmes de support-vie.


Imaginez alors un quartier résidentiel où, au lieu de regarder uniquement des murs métalliques, vous voyez des arbres, des cultures hydroponiques, des jardins et des espaces communs. La ville pourrait progressivement devenir une sorte de biosphère artificielle. Pas une copie parfaite de la Terre, mais une petite version contrôlée de certains mécanismes qui permettent à la Terre de rester habitable.


SM-Boy construit une ville qui ne peut jamais vraiment tomber en panne

SM-BOY

Sur Terre, une panne électrique peut être grave. Dans l’espace, elle peut rapidement devenir une question de survie. Une ville spatiale devrait donc produire énormément d'énergie et surtout disposer de plusieurs sources indépendantes. Le solaire serait probablement incontournable en orbite, mais il ne suffirait pas nécessairement à toutes les configurations futures. Pour la Lune et Mars, l’énergie nucléaire fait déjà partie des technologies étudiées : NASA travaille notamment sur un système de fission de l’ordre de 40 kilowatts destiné à fournir une énergie continue dans des environnements où le solaire peut être limité.


À l’échelle d’une ville, la logique serait encore différente. Il faudrait probablement un réseau électrique redondant avec plusieurs centrales, des batteries, des systèmes de stockage et des sources d’énergie capables de fonctionner lorsqu’une partie du réseau est hors service. Les habitants ne devraient jamais dépendre d’un seul réacteur, d’un seul panneau solaire ou d’un seul système de refroidissement.


Le même principe s’appliquerait aux communications. Une cité spatiale aurait besoin d’une connexion permanente avec la Terre, mais elle devrait également être capable de fonctionner localement pendant une coupure. L’intelligence artificielle pourrait alors jouer un rôle immense dans la maintenance prédictive, la surveillance médicale, le contrôle des ressources, la détection des anomalies et l’optimisation de l’énergie. La ville deviendrait presque un organisme technologique géant capable de surveiller en permanence son propre état.


Est-ce qu’on pourrait réellement être aussi à l’aise que sur Terre ?

C’est probablement la question la plus importante. Construire quelque chose qui permet à quatre astronautes de survivre n’est pas la même chose que construire quelque chose où 10 000 personnes ont envie de vivre.


Pour rendre la vie agréable, il faudrait penser à des détails qui semblent presque absurdes aujourd’hui : insonorisation, espaces privés, restaurants, loisirs, salles de sport, écoles, soins médicaux, lieux religieux ou culturels, commerces, espaces verts, fenêtres artificielles, éclairage reproduisant les cycles terrestres, systèmes de transport internes et même architecture adaptée au bien-être psychologique. Une ville spatiale ne pourrait pas être une succession de dortoirs et de laboratoires.


C’est précisément là que l’intelligence artificielle et la robotique pourraient devenir essentielles. Une partie des tâches dangereuses pourrait être automatisée. Les robots pourraient inspecter l’extérieur de la structure, déplacer des marchandises, réparer certains équipements et intervenir dans des zones présentant un danger pour les humains. Les humains pourraient alors consacrer davantage de temps à la recherche, à la création, à la gestion, à l’éducation, aux services et à la vie sociale.


Le véritable objectif ne serait donc pas seulement de survivre dans l’espace. Il serait de réussir à y construire une vie.


SM-Boy imagine le marché du tourisme spatial

Et c’est ici que le rêve commence à devenir un business.


Le tourisme spatial existe déjà sous une forme extrêmement limitée, mais il reste aujourd’hui réservé à une clientèle très fortunée. Les premières stations commerciales pourraient changer progressivement cette situation. NASA accompagne déjà plusieurs projets de stations commerciales en orbite basse, notamment Axiom Station, Starlab, Orbital Reef et Haven-1, avec l'objectif plus large de faire émerger une économie commerciale en orbite basse.


Haven-1, par exemple, est actuellement présenté par Vast comme une station destinée à accueillir des missions privées et gouvernementales, avec un lancement ciblé en 2027 et quatre membres d’équipage sur certaines missions prévues.


Mais une véritable cité spatiale pourrait transformer complètement le modèle. Aujourd’hui, aller dans l’espace ressemble à une expédition exceptionnelle. Dans le futur, on pourrait commencer à considérer l’espace comme une destination touristique. Les premières générations de touristes paieraient probablement extrêmement cher pour vivre quelques jours ou quelques semaines en orbite. Ils viendraient pour l'expérience, la vue de la Terre, la sensation de gravité artificielle, l'exclusivité et le prestige.


Puis, si les coûts diminuent suffisamment, le tourisme pourrait devenir beaucoup plus large. Il ne faudrait pas forcément que les billets deviennent aussi bon marché qu'un billet d'avion. Il suffirait que l'accès devienne suffisamment abordable pour une clientèle mondiale aisée. Une destination capable d'accueillir des centaines de milliers de visiteurs par an pourrait alors générer des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars de revenus.


Une première simulation financière de la cité spatiale

Prenons maintenant un scénario volontairement hypothétique. Ce ne sont pas des prévisions certaines, mais une stimulation permettant de comprendre l'ordre de grandeur du marché.


Imaginons une première grande cité spatiale capable d'accueillir 500 résidents permanents et environ 2 000 visiteurs par an. Supposons qu'une expérience touristique complète coûte en moyenne 5 millions de dollars. Le tourisme générerait alors environ 10 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel.


Ajoutons environ 500 millions de dollars de consommation et de services liés aux résidents, 2 milliards provenant de la recherche et de la fabrication en microgravité, et 1 milliard lié au transport, à la logistique et aux autres services. Notre première cité générerait ainsi environ 13,5 milliards de dollars par an.


Cela peut sembler complètement gigantesque pour une seule ville. Mais il faut comprendre que le prix comprendrait encore une infrastructure extrêmement rare, un transport spatial coûteux, une assurance complexe, des systèmes de sécurité extraordinaires et une capacité très limitée.


Maintenant, imaginons que l'industrie mûrisse.


Une deuxième génération pourrait accueillir 10 000 résidents permanents et 100 000 visiteurs par an. Si le prix moyen du séjour touristique descendait à 1 million de dollars, le tourisme représenterait déjà environ 100 milliards de dollars par an. Les activités économiques des résidents pourraient générer environ 5 milliards supplémentaires, tandis que la recherche, la fabrication, les biotechnologies et les activités industrielles pourraient atteindre 50 milliards. La logistique et les transports pourraient représenter 25 milliards.


Nous obtiendrions alors une économie annuelle d'environ 180 milliards de dollars pour une seule grande cité spatiale.


Ce chiffre n'est pas impossible mathématiquement. Il est cependant extrêmement spéculatif techniquement et commercialement. Pour donner un ordre de grandeur, l'ensemble de l'économie spatiale mondiale était estimé à environ 613 milliards de dollars en 2024, et une étude McKinsey/World Economic Forum projette une économie spatiale mondiale autour de 1 800 milliards de dollars en 2035.


Autrement dit, une seule cité spatiale générant 180 milliards de dollars annuels représenterait déjà une fraction considérable de toute l'économie spatiale mondiale actuelle. Cela ne pourrait donc arriver que si le secteur avait énormément grandi entre-temps.


Et si le marché devenait encore plus grand ?

Imaginons maintenant un troisième scénario, beaucoup plus lointain.


Une civilisation spatiale pourrait compter 100 000 résidents permanents, répartis dans plusieurs habitats reliés entre eux, avec environ 1 million de visiteurs par an. Le prix moyen du séjour touristique serait alors tombé à 300 000 dollars. Cela représenterait déjà 300 milliards de dollars de tourisme annuel.


Ajoutons 50 milliards pour l'économie quotidienne des résidents, 200 milliards pour l'industrie spatiale, la recherche, les matériaux, les biotechnologies et la fabrication, ainsi que 100 milliards pour le transport et la logistique.


La cité ou le réseau de cités atteindrait alors environ 650 milliards de dollars d'activité annuelle.


Ce scénario serait presque inimaginable aujourd'hui. Pourtant, il montre pourquoi le secteur pourrait devenir l'un des plus gros marchés technologiques de l'histoire si le coût du transport spatial diminuait suffisamment et si une population humaine permanente pouvait réellement s'installer hors de la Terre.


À ce niveau, nous ne parlerions plus d'une simple industrie touristique. Nous parlerions d'une nouvelle branche de l'économie mondiale.


SM-Boy imagine la valorisation de la première grande entreprise spatiale

Maintenant, faisons quelque chose d'encore plus intéressant.


Supposons qu'une entreprise contrôle une grande partie de cette infrastructure et réalise 180 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel. Si elle possède des marges élevées grâce à ses technologies propriétaires, ses systèmes de transport, ses stations et ses services, le marché pourrait lui attribuer une valorisation extrêmement importante.


Avec un multiple hypothétique de 8 fois le chiffre d'affaires, on obtient 1 440 milliards de dollars.


À 10 fois, on obtient 1 800 milliards.


À 12 fois, on obtient 2 160 milliards de dollars.


Cela ne signifie absolument pas qu'une entreprise spatiale vaudra automatiquement 2 000 milliards de dollars. Une valorisation dépendrait de la rentabilité, de la croissance, des risques, de la concurrence, des dettes, des contrats gouvernementaux, de la réglementation et de la confiance des investisseurs. Mais cette simulation montre quelque chose de très important : si l'humanité transforme réellement l'espace en infrastructure économique permanente, certaines entreprises pourraient atteindre des valorisations comparables aux plus grandes entreprises technologiques de l'histoire.


Et dans le scénario extrême d'une industrie spatiale devenue gigantesque, avec plusieurs villes, des transports réguliers Terre-orbite-Lune-Mars et des centaines de milliers de personnes hors de la Terre, des valorisations de plusieurs milliers de milliards de dollars ne seraient plus absurdes économiquement.


Tourisme ou industrie ? Probablement les deux

Il serait cependant dangereux de penser que le tourisme sera forcément le cœur de cette économie.


Le tourisme sera probablement la partie la plus visible. Les vidéos d'une personne prenant son petit-déjeuner en regardant la Terre depuis une fenêtre géante seraient incroyablement populaires. Les hôtels orbitaux deviendraient des symboles culturels. Les voyages spatiaux pourraient devenir une nouvelle forme de luxe international.


Mais les revenus les plus importants pourraient finalement venir de secteurs beaucoup moins glamour.


La microgravité peut permettre certaines recherches et productions difficiles à reproduire au sol. Les entreprises pourraient produire certains matériaux, médicaments ou composants dans l'espace. Les laboratoires pourraient tester de nouvelles technologies. Les agences gouvernementales pourraient louer des infrastructures. Les entreprises pourraient installer leurs propres équipements. Des data centers, des systèmes énergétiques ou de nouvelles activités industrielles pourraient apparaître si les contraintes physiques et économiques sont surmontées.


Le tourisme serait donc probablement la vitrine.


L'industrie serait le moteur.


SM-Boy se demande si une seule entreprise pourrait contrôler le marché

Voilà une autre question fascinante : si une entreprise construisait la première véritable cité spatiale, pourrait-elle devenir un monopole ?


À court terme, c'est possible.


L'espace possède des barrières à l'entrée extraordinaires. Il faut des fusées, des infrastructures de lancement, des stations, des systèmes de sécurité, des ingénieurs, des autorisations gouvernementales, des contrats, des capitaux énormes, des chaînes d'approvisionnement et surtout des années d'expérience. Une entreprise capable de maîtriser simultanément le lancement, le transport orbital, les habitats, les communications et la maintenance pourrait bénéficier d'un avantage considérable.


Mais un monopole permanent serait beaucoup plus difficile.


Les États ne laisseraient probablement pas facilement une seule entreprise devenir l'unique propriétaire des infrastructures essentielles à une future civilisation spatiale. Les gouvernements auraient un intérêt stratégique à maintenir plusieurs fournisseurs. Les concurrents chercheraient également à construire leurs propres stations. Les entreprises aéronautiques, énergétiques, technologiques et industrielles auraient intérêt à entrer sur ce marché dès que sa rentabilité deviendrait évidente.


Le scénario le plus crédible serait donc un oligopole : quelques très grandes entreprises contrôlant différentes couches du marché.


Une entreprise pourrait dominer les fusées. Une autre les stations. Une autre la robotique. Une autre l'énergie. Une autre les systèmes de transport Terre-Lune. Une autre les habitats. Certaines pourraient être intégrées verticalement et contrôler plusieurs activités.


C'est probablement plus réaliste qu'une seule entreprise contrôlant absolument tout.


Le futur pourrait ressembler davantage à une compétition entre géants

On peut déjà observer les prémices de cette logique. NASA soutient plusieurs architectures commerciales de stations en orbite basse plutôt que de dépendre d'une seule entreprise. Axiom développe sa station, Starlab poursuit sa propre architecture, Blue Origin travaille sur Orbital Reef et Vast développe Haven-1.


Cette diversité est importante.


Si une entreprise échoue, une autre peut continuer. Si une technologie devient trop chère, une autre peut proposer une solution différente. Si un modèle économique ne fonctionne pas, le marché peut évoluer.


L'histoire de la technologie nous montre souvent que les marchés les plus importants ne restent pas éternellement entre les mains d'un seul acteur. Les premiers pionniers bénéficient d'un avantage énorme, mais l'arrivée de concurrents pousse ensuite les prix vers le bas et accélère l'innovation.


La vraie bataille ne serait donc peut-être pas de savoir qui construira la ville spatiale.


La vraie bataille serait de savoir qui construira le réseau de villes spatiales.


Et Mars dans tout ça ?

Mars reste évidemment l'objectif qui fait rêver.


Mais Mars présente un problème fondamental : elle est beaucoup plus éloignée de la Terre qu'une station en orbite basse. Les communications sont plus difficiles, les secours sont extrêmement compliqués, les ressources doivent être gérées localement et l'environnement est beaucoup plus hostile. NASA structure d'ailleurs sa stratégie Moon to Mars autour d'une progression technologique et opérationnelle destinée à construire progressivement une présence humaine durable au-delà de la Terre.


C'est pour cela que la première grande cité spatiale pourrait paradoxalement ne pas être sur Mars.


Elle pourrait être en orbite autour de la Terre.


Puis autour de la Lune.


Puis sur la Lune.


Puis autour de Mars.


Et seulement ensuite sur Mars.


La cité spatiale serait donc moins une destination finale qu'une étape dans une immense chaîne logistique interplanétaire.


SM-Boy regarde les milliardaires capables de lancer cette révolution

Et maintenant vient la question qui intéresse forcément beaucoup de monde : parmi les milliardaires actuels, qui possède réellement les moyens de créer cette industrie de son vivant ?


Le nom le plus évident reste Elon Musk.


En septembre 2026, Forbes estimait sa fortune autour de 886 milliards de dollars sur sa liste en temps réel, tandis que SpaceX était devenue une entreprise d'une taille exceptionnelle après son entrée en Bourse en 2026. Surtout, Musk ne possède pas seulement de l'argent : il possède déjà une entreprise spatiale capable de développer des lanceurs, des véhicules et des systèmes destinés à l'orbite et aux missions lunaires. SpaceX présente actuellement Starship comme une architecture destinée à permettre des bases lunaires et, à terme, une présence humaine sur Mars.


C'est cette combinaison qui le rend particulièrement dangereux — dans le bon sens du terme — pour les barrières historiques du secteur : capital, ingénierie, infrastructure de lancement, expérience opérationnelle et ambition multiplanétaire. NASA travaille d'ailleurs avec SpaceX sur Starship pour les missions lunaires Artemis.


Mais Elon Musk n'est pas le seul candidat.


Jeff Bezos est probablement le deuxième nom le plus évident. Il possède Blue Origin, une entreprise entièrement consacrée au spatial, et dispose d'une fortune suffisamment importante pour financer des projets extrêmement longs. Forbes estimait sa fortune à plusieurs centaines de milliards de dollars en 2026. Blue Origin développe New Glenn, un lanceur lourd réutilisable, et participe également à des projets d'infrastructure spatiale et lunaire. New Glenn est conçu avec un premier étage réutilisable et une capacité annoncée supérieure à 45 tonnes vers l'orbite basse dans certaines configurations.


Bezos possède donc une caractéristique extrêmement importante : il peut financer une stratégie spatiale sur plusieurs décennies sans avoir besoin que chaque étape soit immédiatement rentable.


Ensuite vient un profil très différent : Jared Isaacman.


Sa fortune est infiniment plus petite que celle de Musk ou Bezos, avec une estimation Forbes autour de 1,2 milliard de dollars lorsqu'il a été confirmé comme administrateur de NASA. Mais son expérience est particulièrement intéressante : entrepreneur, pilote et participant à plusieurs missions spatiales privées, Isaacman a déjà investi personnellement dans l'écosystème du vol spatial habité.


Il n'a probablement pas, seul, le capital nécessaire pour construire une cité de 10 000 habitants. Mais il représente un autre type d'acteur : celui qui pourrait comprendre le marché du vol spatial habité, réunir des investisseurs et travailler avec de grandes entreprises.


Richard Branson représente également un cas intéressant grâce à son expérience dans le tourisme spatial avec Virgin Galactic. Mais son avantage serait davantage commercial et touristique qu'industriel. La construction d'une véritable ville spatiale nécessiterait un niveau de capital et d'infrastructure très supérieur à celui nécessaire pour développer une entreprise de vols touristiques.


Enfin, il existe des milliardaires comme Larry Page et Sergey Brin dont la puissance financière serait largement suffisante pour financer un projet spatial majeur. Mais l'argent ne suffit pas. Leur position actuelle est beaucoup plus éloignée de l'exploitation quotidienne d'une infrastructure spatiale que celle de Musk ou Bezos. Forbes les classait encore parmi les personnes les plus riches de la planète en 2026. Ils pourraient donc théoriquement financer une entreprise spatiale gigantesque, mais ils ne disposent pas aujourd'hui du même avantage opérationnel dans les lanceurs et les infrastructures spatiales.


Qui a réellement une chance de construire cette cité de son vivant ?

Si je devais faire un classement uniquement sur la capacité actuelle à lancer le projet, je placerais Elon Musk en première position, principalement parce qu'il dispose déjà d'une infrastructure spatiale extrêmement avancée et d'un objectif explicitement multiplanétaire.


Jeff Bezos serait probablement deuxième, grâce à Blue Origin, à sa puissance financière et à une stratégie qui vise elle aussi le développement d'une infrastructure spatiale durable.


Jared Isaacman serait beaucoup plus loin derrière en capital, mais particulièrement intéressant en tant qu'entrepreneur et acteur du vol spatial habité.


Puis viendraient des profils capables de financer ou de soutenir le projet, mais qui ne possèdent pas aujourd'hui la même combinaison de technologie, d'équipe et d'infrastructure.


Mais il faut être très clair : même Musk ou Bezos ne pourraient probablement pas construire seuls une véritable ville spatiale de plusieurs milliers d'habitants avec les technologies actuelles.


Le problème n'est plus seulement financier.


Il est industriel.


Même avec 1 000 milliards de dollars, on ne peut pas acheter instantanément plusieurs décennies d'expérience en biologie spatiale, en médecine, en construction orbitale, en protection contre les radiations, en recyclage complet des ressources, en gravité artificielle et en maintenance de systèmes autonomes. Il faudrait construire progressivement cette compétence.


C'est probablement la raison pour laquelle le premier véritable « propriétaire » d'une civilisation spatiale ne sera pas une personne.


Ce sera une organisation gigantesque composée de centaines de milliers de personnes, soutenue par des États, des investisseurs, des ingénieurs, des scientifiques et plusieurs générations d'entrepreneurs.


SM-Boy imagine l'économie d'une civilisation spatiale

À ce stade, quelque chose change complètement.


Si une ville spatiale arrive à accueillir 100 personnes, c'est une prouesse scientifique.


Si elle arrive à accueillir 1 000 personnes pendant des années, c'est une industrie.


Si elle arrive à accueillir 10 000 personnes avec une économie autonome, c'est une nouvelle infrastructure mondiale.


Et si plusieurs villes peuvent communiquer, commercer et se déplacer entre elles, nous entrons dans une autre époque.


Une économie spatiale pourrait alors fonctionner avec ses propres chaînes de valeur. Une station produirait des médicaments. Une autre fabriquerait des matériaux. Une autre servirait de centre touristique. Une autre serait spécialisée dans l'énergie. Une autre pourrait servir de port logistique entre la Terre et la Lune. Des entreprises pourraient posséder des bâtiments entiers en orbite. Des familles pourraient louer des appartements pendant plusieurs années. Des écoles pourraient apparaître. Des universités pourraient ouvrir des campus orbitaux.


Et un jour, le mot « immobilier » pourrait lui-même changer de définition.


Aujourd'hui, nous achetons un appartement à Bruxelles, Paris, Londres ou Tokyo.


Demain, quelqu'un pourrait acheter un appartement dans une station orbitale.


Le vrai défi n'est pas d'aller dans l'espace

C'est peut-être la conclusion la plus importante de mon voyage.


Nous savons déjà envoyer des humains dans l'espace. Nous savons construire des stations. Nous savons recycler une partie de l'eau. Nous savons produire de l'oxygène. Nous savons cultiver certaines plantes. Nous savons construire des fusées réutilisables et nous développons des véhicules capables d'aller vers la Lune. Des entreprises privées travaillent déjà sur les futures stations commerciales.


Mais vivre dans l'espace est une autre question.


Pour créer une cité spatiale, il faudrait résoudre simultanément la gravité, les radiations, l'énergie, l'alimentation, l'eau, l'air, la santé, la psychologie, les déchets, les incendies, les collisions orbitales, la maintenance, la fabrication et le transport.


C'est précisément pour cette raison que le projet est si fascinant.


Il ne demande pas une seule invention.


Il demande une civilisation technologique entière.


SM-Boy regarde vers le futur

Je peux donc imaginer une première génération de cités spatiales apparaître comme des stations commerciales relativement petites. Puis ces stations pourraient devenir plus grandes. Des modules pourraient être ajoutés. Des entreprises pourraient venir s'installer. Les laboratoires pourraient devenir des usines. Les hôtels pourraient devenir des quartiers. Les quartiers pourraient devenir une ville.


Et un jour, un enfant pourrait naître dans une cité orbitale et considérer la Terre comme le lieu d'origine de sa famille plutôt que comme son seul monde.


À ce moment-là, l'idée de « partir dans l'espace » aurait complètement changé.


On ne partirait plus nécessairement pour une mission.


On partait pour vivre.


Peut-être qu'un jour, après avoir quitté la Terre, nous prendrons effectivement un vaisseau pour rejoindre une autre planète. Peut-être que certaines personnes passeront leur vie entre la Terre, la Lune, Mars et des stations orbitales. Peut-être que certaines cités deviendront touristiques tandis que d'autres seront industrielles ou scientifiques. Peut-être même qu'une entreprise deviendra temporairement si puissante qu'elle vaudra plusieurs milliers de milliards de dollars.


Mais avant tout cela, il faudra construire la première ville.


Une ville qui respire sans atmosphère naturelle.


Une ville qui produit son énergie dans le vide.


Une ville qui recycle presque chaque goutte d'eau.


Une ville protégée des radiations.


Une ville capable de réparer ses propres machines.


Une ville où des humains peuvent se réveiller, travailler, aimer, créer, apprendre et regarder la Terre par la fenêtre.


Et si cette ville existe un jour, alors l'humanité n'aura pas simplement construit une nouvelle station spatiale.


Elle aura construit quelque chose de beaucoup plus important :


une nouvelle frontière économique, technologique et humaine.


Moi, c'est SM-Boy.


Et depuis mon casque mauve et blanc, je continue de regarder vers le futur.


Parce qu'au fond, la vraie question n'est peut-être plus de savoir si l'humanité ira vivre dans l'espace.


La vraie question est de savoir quelle sera la première génération capable d'y construire une véritable ville.

 
 
 

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